Changements climatiques: Québec hésite entre une cible ambitieuse ou prudente

Publié à 20h15 le jeudi 5 novembre 2009
Source: jminforme.ca

QUÉBEC - Québec n'a pas encore choisi son camp, à savoir s'il faut privilégier des cibles élevées de réduction des gaz à effet de serre (GES) ou plutôt se contenter d'objectifs plus modestes, pour ne pas nuire à l'économie.

Le gouvernement Charest ne pourra cependant plus tergiverser longtemps, car il s'est engagé à prendre position avant la conférence internationale de Copenhague, au Danemark, sur les changements climatiques, début décembre.

A cette occasion, la planète doit préciser quels seront les pourcentages de réduction de GES qu'elle s'engage à atteindre entre 2012 et 2020, par rapport au niveau de 1990, pour éviter un réchauffement du globe supérieur à deux pour cent.

La consultation menée par le gouvernement dans ce dossier a pris fin mercredi soir.

Au terme des travaux, en entrevue à La Presse Canadienne, la ministre du Développement durable, Line Beauchamp, a dit chercher une position mitoyenne qui allierait à la fois "leadership" et "prudence", donc protection accrue de l'environnement sans hypothéquer l'économie.

"Le Québec est un leader, doit rester un leader en Amérique du nord, doit montrer la voie, doit dicter le rythme à suivre", a déclaré la ministre, qui devra présenter sa recommandation au conseil des ministres incessamment.

Du même souffle, elle dit vouloir tenir compte des intervenants venus réclamer en commission parlementaire une solution "sans déstructuration de l'économie".

Parmi les porte-parole du secteur industriel, certains sont allés jusqu'à exhorter le gouvernement à ne fixer aucune cible, une avenue qui a été rejetée.

Dans un document de consultation préparé par son ministère, la ministre Beauchamp a suggéré quant à elle quatre scénarios, soit des cibles de réductions de l'ordre de 10, 12, 15 ou 20 pour cent des émissions, d'ici 2020.

Chaque scénario était accompagné d'une modélisation des impacts sur l'économie.

Jeudi matin, en conférence de presse, l'opposition péquiste a jugé que le gouvernement manquait réellement d'ambition et a réclamé plutôt une cible se situant entre 25 et 40 pour cent de réduction, comme le recommandent les experts internationaux.

"L'approche du gouvernement Charest, c'est qu'il met une peinture verte sur son Hummer", a ironisé le porte-parole en environnement, le député péquiste Scott McKay.

Les groupes écologistes ont abondé dans le même sens, s'appuyant notamment sur les travaux scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), parrainé par les Nations unies et Prix Nobel de la paix en 2007.

Mercredi, le dernier intervenant entendu dans le cadre de la consultation était le directeur national de la Santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier.

Lui aussi est venu tenir un discours alarmiste et réclamer les cibles les plus élevées possibles, entre 25 et 40 pour cent de réduction, le seuil de 20 pour cent de réduction lui apparaissant comme étant certainement "minimal", pour diminuer l'impact de la pollution sur la santé de la population.

Il a calculé qu'en période de canicule, le taux de mortalité allait grimper de 2 pour cent au Québec, dans une dizaine d'années à peine, si on ne faisait rien.

Les maladies cardiaques et pulmonaires, de même que l'obésité, sont directement reliées à la qualité de l'environnement, a-t-il fait valoir.

La consultation a duré sept jours et a permis d'entendre 33 organismes.

Certains groupes écologistes, dont Greenpeace, ont trouvé étrange que Québec prétende exercer un leadership dans la lutte aux changements climatiques, sans même envisager un scénario de 25, 30, voire 40 pour cent de réduction, comme d'autres pays l'ont fait.

L'Union européenne a déjà annoncé ses couleurs, en s'engageant à réduire ses émissions de 20 pour cent d'ici 2020, voire de 30 pour cent, si d'autres grands pays émetteurs emboîtent le pas.

Certains vont même plus loin, comme le Royaume-Uni (34 pour cent), la Suède et l'Allemagne (40 pour cent).

"Je dois analyser tout cela plus en profondeur", a confié la ministre Beauchamp, avant de formuler sa recommandation.

Elle dit croire que les différents enjeux en cause sont "conciliables", malgré le fait que les positions entendues durant la consultation indiquent une grande polarisation des positions.

Chose certaine, le secteur du transport en commun doit être celui qui doit être privilégié pour permettre au Québec d'afficher un meilleur bilan environnemental, a dit pour sa part M. McKay.

"Si vous voulez atteindre des objectifs ambitieux, il faut investir davantage dans le transport en commun, il faut être plus agressif dans tout ce qui concerne l'électrification des transports", a-t-il soutenu.

 

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