L'Écart entre les riches et les pauvres s'agrandit

Publié à 6h00 le jeudi 3 décembre 2009
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Seulement quelques semaines après que le gouvernement Graham a rendu public son plan de réduction de la pauvreté, un organisme communautaire de Saint-Jean publie un rapport qui indique que l'écart entre les riches et les pauvres continue d'augmenter au Nouveau-Brunswick.

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Photo Matthew Sherwood/Telegraph-Journal

Selon l'auteur de l'étude, Randall Hatfield, les gouvernements sont en partie responsables du problème. «Premièrement, le Nouveau-Brunswick est une des provinces où le salaire minimum est le plus bas au pays. La deuxième chose, c'est que nous avons un système de taxation qui favorise les gens qui gagnent plus d'argent.»

C'est un avis que partage le professeur d'histoire à l'Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador, Robert Sweeny. Selon lui, les mesures fiscales adoptées par le gouvernement fédéral depuis les 15 dernières années n'ont fait qu'accroître les inégalités salariales au pays. «Ils ont annoncé des réductions d'impôt de 20 milliards $. De ce montant, un tiers des réductions va à 75 % de la population qui gagne moins de 40 000$ par année.»

M. Sweeny poursuit en disant que 25 % des réductions d'impôt vont aux gens qui gagnent plus de 80 000$ par année, mais qui ne représente pas plus que 8 % de la population. Et ceux qui font plus de 125 000 $ par année représentent 3 % de la population, mais se partagent 10 % de toutes les réductions d'impôt. Ce qui fait dire à l'historien que l'augmentation de l'écart entre les riches et les pauvres est en quelque sorte planifiée par le gouvernement.

Les mesures adoptées pour contrebalancer les effets de la récession ont également exacerbé le phénomène, selon lui. «Les réformes de l'assurance-emploi ont été adoptées pour aider les travailleurs qui ont eu un emploi régulier dans les cinq dernières années. Ça n'aide pas les travailleurs saisonniers», allègue M. Sweeny.

Le rapport du Conseil de développement humain, un organisme communautaire de Saint-Jean affilié à Centraide regroupe les ménages du Nouveau-Brunswick en neuf catégories, allant du groupe le plus pauvre au groupe le plus riche. Les graphiques du rapport démontrent que le groupe de ménages le plus pauvre a connu en dollars constants - une donnée qui tient compte de l'augmentation du coût de la vie - une diminution de 278$ par année entre 1987 et 2007.

Pourtant, lorsqu'on regarde la situation des trois groupes les plus riches, leur condition salariale s'est nettement améliorée durant les vingt dernières années. Le groupe le plus riche, par exemple, gagnait environ 120 000$ par année en 1989. Il gagne maintenant plus de 172 000$. Alors qu'en 1987, le ratio entre les plus pauvres et les plus riches était de 8 pour 1, le rapport indique qu'en 2007, ce ratio était de 11 pour 1.

Selon M. Hatfield, les conséquences de cet écart dépassent les considérations d'ordres économiques. «Cela crée une distance importante entre différents groupes, explique-t-il. Lorsqu'on est pauvre et qu'il y a une grande différence qui s'installe avec les riches, c'est difficile de sentir qu'on fait partie de la société, d'avoir ce sentiment d'appartenance. C'est un enjeu d'inclusion sociale.»

Cependant, l'expert en développement communautaire estime que l'impact économique de l'inégalité salariale n'est pas négligeable. Il laisse entendre que c'est impossible de parler d'autosuffisance quand il y a un nombre aussi important de gens qui vivent dans la pauvreté et qui ne disposent d'aucun choix. «C'est reconnu que chaque dollar donné aux pauvres va directement à l'économie, car ils dépensent tout, vraiment tout, et ça va dans la communauté, ajoute-t-il. Alors que les riches vont peut-être payer une dette ou investir. Leur argent peut aller à l'étranger. Ça ne stimule pas autant l'économie.»

M. Hatfield estime néanmoins que les préjugés contre les gens pauvres, comme quoi ils sont paresseux et ne méritent pas mieux, sont encore très présents dans la province. «Je comprends l'argument disant que si tu as fait des hautes études, que tu as travaillé fort, que tu fais preuve de dynamisme, tu mérites de bonnes conditions. Mais nous semblons accepter qu'il y ait un 20 % ou même 30 % de la population qui n'est pas capable de suivre, déplore-t-il. Je crois que tout le monde devrait avoir un sentiment d'espoir, de voir que si ça fonctionne pour les gens au top, ça fonctionne aussi pour ceux qui sont en bas.»

M. Hatfield croit que les gouvernements doivent adopter des mesures fiscales qui cessent d'accroître l'inégalité salariale et des programmes sociaux universels, comme un système d'éducation à la petite enfance. «Si on regarde au Québec, les données démontrent que leur système de centre de la petite enfance à 7 $ par jour fonctionne et a contribué à réduire la pauvreté».

L'organisme accueille favorablement le plan de réduction de la pauvreté de la province, adopté il y a quelques semaines. «Ce plan pourrait régler de nombreux problèmes dans la province, allègue M. Hatfield. C'est bien d'adopter des plans, mais c'est maintenant que le vrai travail commence.»

 

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