Controverse autour de la projection du documentaire «L'Affaire Coca-Cola»

Publié à 6h00 le jeudi 28 janvier 2010
A16

Les Rendez-vous de l'ONF présentent de nombreux films dans la région chaque année. L'un de ceux-ci, «L'affaire Coca-Cola», qui doit être présenté au Nouveau-Brunswick à la fin du mois de mars, est présentement au cœur d'une controverse. La compagnie de boissons gazeuses menace en effet de poursuivre les distributeurs du documentaire qui porte sur les pratiques antisyndicales de sous-traitants de la compagnie en Colombie.

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Photo production Argus Films et l'Office national du film du Canada

Les distributeurs du film «L'affaire Coca-Cola», le collectif Cinéma Politica, ont eu une bien mauvaise surprise quelques jours avant la sortie en salle officielle du film au Canada, qui a eu lieu le 26 janvier. Dans une mise en demeure, la compagnie Coca-Cola affirme que le film contient des propos diffamatoires et qu'il viole des ententes de confidentialité, affirmations dont se défendent bien les producteurs montréalais Carmen Garcia et German Gutierrez.

«On ne s'y attendait pas vraiment, confie Mme Garcia. Ce qu'on a su, c'est qu'un des personnages du film, Dan Kovalik, a conclu un accord hors cours avec la compagnie qui inclut un accord de confidentialité et certains propos du film violeraient cet accord. Avec l'aide d'un médiateur, nous avions conclu que le film ne violait finalement pas cet accord et c'est pourquoi la mise en demeure nous surprend.»

Avant la sortie officielle, il y a eu des visionnements, d'abord en Colombie en septembre, puis dans diverses universités et festivals, comme aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Selon Mme Garcia, les démarches de Coca-Cola ne mettent pas en péril la plupart des visionnements du film puisque Cinéma Politica a décidé d'y aller quand même de l'avant avec la tournée.

«On ne sait pas s'ils vont les poursuivre, on est dans l'expectative, on ne comprend pas ce qui se passe en fait», exprime Mme Garcia.

Le film touche à un sujet explosif. Les réalisateurs dressent un portrait accablant contre l'empire Coca-Cola, soupçonné d'être impliqué indirectement dans l'enlèvement, la torture et même le meurtre de chefs syndicaux en Colombie. Les cinéastes suivent les démarches de deux avocats en droit du travail américains, Daniel Kovalik et Terry Collingsworth, ainsi que du militant Ray Rogers, directeur de la campagne «Stop Killer-Coke!», alors qu'ils mettent tout en œuvre pour obliger le géant américain de l'industrie des boissons à répondre de ses actes dans cette bataille juridique.

«C'est sûr que lorsqu'on s'est embarqués dans cette histoire-là - raconter l'histoire du syndicalisme en Colombie qui va très, très mal, le meurtre de leaders syndicaux et cette histoire dans laquelle huit dirigeants syndicaux d'usines d'embouteillage de Coca-Cola ont été tués les uns à la suite des autres, la quête de justice de ces avocats - on s'est dit d'emblée que c'était une histoire qu'on voulait raconter», poursuit Carmen Garcia en mentionnant que son coréalisateur, German Gutierrez, qui est également son conjoint, étant d'origine colombienne se sent extrêmement interpellé par cette situation.

Jamais dans le film les cinéastes ne proposent que le siège social de Coca-Cola soit impliqué directement avec le meurtre des Colombiens. On s'appuie toutefois sur l'hypothèse à savoir si la compagnie a une responsabilité par rapport aux magouilles de certains sous-traitants qu'elle utilise.

«On a l'impression d'avoir été de très bons élèves, tout ce qu'on dit dans le film est du domaine public. Avant même de le présenter pour la première fois, nous avions consulté des avocats de l'ONF, qui sont nos coproducteurs, et c'est eux qui nous ont donné le feu vert», invoque Carmen Garcia.

Mais au-delà de la controverse, les deux réalisateurs espèrent que leur film va faire bouger les choses, va sensibiliser les grandes corporations par rapport à leurs obligations lorsque les droits humains sont violés dans les pays où ils font affaire.

«On n'aurait pas fait le film si on pensait que ça ne changerait rien. Nous avons aussi voulu rendre hommage au courage de ces travailleurs-là qui se battent, parfois au péril de leurs vies, pour un peu de justice», affirme-t-elle.

Le documentaire «L'affaire Coca-Cola» sera normalement présenté le 30 mars à Caraquet, le 31 mars à Bouctouche et à Kedgwick et le 1er avril à Edmundston et à Moncton. Pour plus d'information, composez le 1-800-267-7710 ou visitez le www.onf.ca/rendezvous. Notez que le film dans sa version anglaise «Coca-Cola Case» sera présenté le 29 janvier à Fredericton et le 30 mars à Moncton.

 

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