
Décès de Bernard LeBLanc : le théâtre acadien est en deuil (mise à jour)
Publié à 16h25 le mercredi 17 octobre 2007


MONCTON - Le théâtre acadien vient de perdre un de ses bâtisseurs par le décès de Bernard LeBlanc, l'un de ses plus acharnés ouvriers. M. Leblanc, qui luttait contre le cancer et qui souffrait de problèmes cardiaques, est décédé dans la nuit de mardi à mercredi, à l'âge de 64 ans.
C'est avec une profonde tristesse et une grande émotion que les membres du théâtre l'Escaouette ont appris le décès de l'un de ses fondateurs.
Selon Zénon Chiasson, président du Conseil d'administration du théâtre l'Escaouette, on le savait malade depuis peu, mais on avait espoir que le «bundle» viendrait une nouvelle fois prolonger l'existence de celui qui incarnait un modèle de don total à la vie, à son métier d'artisan de la scène et à son art de comédien.
Bernard LeBlanc est surtout connu du public pour son interprétation récente du rôle principal dans la comédie Laurie dans Laurie ou la vie de Galerie. Cette pièce, écrite par Herménégilde Chiasson est devenue un classique du théâtre acadien. Elle a été jouée à plus de 200 reprises à travers la province et ailleurs au pays.
«Sa prestation inoubliable du personnage de Laurie dans Laurie ou la vie de galerie demeurera un classique du théâtre acadien contemporain. Derrière sa grosse barbe blanche des dernières années, on devinait la sagesse de l'homme-nature, celle qui s'acquière sur les planches et les pieds bien ancrés sur le terrain, et non celle plus artificielle qui découle des livres et des écoles», a mentionné Zénon Chiasson.
Mais au-delà de son rôle inoubliable, le président du conseil d’administration insiste que que l’homme a profondément marqué le théâtre acadien.
Premièrement, M. LeBlanc est associé à l'Escaouette depuis ses débuts puisqu'il était au nombre des membres fondateurs de la coopérative en 1978 et il faisait partie de la première distribution de Ti-Jean, pièce écrite et adaptée du conte traditionnel par le regretté Laval Goupil. Par la suite, Bernard LeBlanc a été associé à la plupart des productions de l'Escaouette à divers titres.
Il n'est pas un décor où Bernard n'a pas planté son clou, varlopé les aspérités, scié les excédents, poncé les parties rugueuses. Ses talents de charpentier étaient connus de tous et le décor de scène n'avait plus de secret pour lui.
«Comme acteur, Bernard LeBlanc utilisait les mêmes outils. Il plantait ses mots «drette», il savait raboter les artifices d'un texte, scier les mots inutiles et poncer les passages délicats.»
À l'instar de Laurie Henri, Bernard LeBlanc est l'exemple typique des bâtisseurs de notre imaginaire collectif.
«Sans formation, presque sans éducation, il fut paradoxalement pour les générations qui ont suivi le plus puissant formateur et éducateur que l'on puisse imaginer. Il a été celui qui a enseigné par l'exemple et pratiqué la pédagogie de l'intuition et de la vérité. Imaginons ce qu'il serait devenu s'il avait eu accès aux mêmes outils de formation et aux mêmes structures de diffusion et de production que les jeunes d'aujourd'hui ! Mais en même temps, imaginons ce que deviendraient les jeunes acteurs et actrices qui montent aujourd'hui sur la scène s'ils avaient la même générosité, les mêmes qualités de coeur et la même passion que leur devancier», d’ajouter le président.
Si la Sagouine fourbissait les planchers, Bernard LeBlanc lui, il les clouait. Et pas n'importe quels planchers : ceux qui permettent aux jeunes générations de fouler une première fois, une seconde fois, une énième fois les planches de notre dramaturgie en émergence.
«Le Centre culturel Aberdeen et le théâtre l'Escaouette sont désormais des lieux où l'empreinte du géant LeBlanc est partout tracée. Avec le décès de Bernard LeBlanc, c'est un pan de la culture acadienne qui disparaît, mais en même temps, grâce aux traces qu'il a laissées, ce pan de culture est désormais gravé dans le disque dur de la mémoire collective acadienne», de conclure M. Chiasson.
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