
Mélanger les arts et les affaires: le pari d'André Roy
Publié à 5h00 le vendredi 29 janvier 2010


Le milieu artistique et celui des affaires sont souvent considérés comme très différents, avec des approches et une vision du monde que certains croient à l'opposé. Pourtant, les artistes sont souvent des entrepreneurs, gérant leur carrière artistique comme une petite entreprise. André Roy l'a bien compris et avec son entreprise Les Productions l'Entrepôt il exploite à la fois sa bosse des affaires et sa créativité artistique, sans faire de compromis.
André Roy confie qu'il est toujours surpris, mais qu'il commence à se faire à l'idée d'être considéré comme un homme d'affaires. Son nom est déjà apparu dans les pages de L'Étoile, mais dans la section culturelle. Cette fois-ci, le journal voulait parler à l'homme d'affaires. Or, un constat s'impose rapidement: il est impossible de dissocier l'artiste de l'homme d'affaires.
Les Productions l'Entrepôt sont nées d'un spectacle d'humour que M. Roy a créé avec son ami, le comédien Christian Essiambre, alors qu'il venait tout juste de terminer l'école secondaire. C'est à cette époque, en organisant une tournée dans les écoles francophones de la province, qu'il a fait ses premiers pas comme producteur de spectacles. «Ce n'était pas articulé comme une entreprise, mais quand j'appelais les écoles et que je leur disais que je voulais faire un spectacle, ils voulaient savoir d'où je sortais» raconte en riant celui qui avoue avoir hérité de la bosse des affaires de son père, propriétaire d'une quincaillerie et d'un centre commercial à Dalhousie. «Au début, on organisait ça comme campagne de financement avec une loterie 50/50. Ils amassaient l'argent qu'ils pouvaient et nous donnaient la moitié de la somme et conservaient l'autre moitié. Donc, pas de risque pour eux.»
M. Roy a poursuivi ses études à l'Université de Moncton et a obtenu un premier baccalauréat en information-communication et un deuxième en art dramatique, tout en travaillant sur différents projets de création et sur son entreprise de production de spectacle.
Maintenant, il est membre du spectacle la Revue acadienne, des Frères Smouthe et d'autres collectifs humoristiques. Il écrit des pièces de théâtre, organise des ateliers de théâtre dans les écoles, gère depuis récemment la carrière de deux artistes musicaux, il organise des évènements, produit des vidéos corporatives et des publicités télévisées. «Je me suis dit à un moment donné que je devais définir les Productions l'Entrepôt. Je classifie ce que je fais dans six catégories, mais si quelqu'un m'approche et me propose quelque chose d'intéressant, je rencontre ma gang et on discute ensemble pour savoir si on a tout ce qu'il faut pour le faire. Si oui, on embarque. On ne veut pas se limiter.»
Le spectacle La Revue acadienne est un véritable succès d'année en année et fait salle comble presque partout où il est présenté. La qualité du produit y est pour quelque chose, mais la stratégie du producteur de tournée est également importante, explique M. Roy. «C'est sûr que quand un artiste comme Louis-José Houde vient au Nouveau-Brunswick, il peut décider comment il organise sa tournée. Les salles de spectacle vont se plier à son horaire. Mais on s'est rendu compte que quand on essayait d'imposer ça, il y avait moins de monde qui venait à nos spectacles. Alors j'essaie autant que possible d'être à l'écoute des diffuseurs, car eux ils connaissent bien le pouls du public. Mais en même temps, il faut trouver un compromis, car je gère le budget du spectacle.»
Être entrepreneur en production de spectacle en Acadie, ce n'est pas tout à fait comme faire affaire à Montréal, mais M. Roy apprécie la facilité avec laquelle il peut développer un réseau de contacts ici, avantage qui n'existe pas dans une grande métropole, selon lui. «Ici, ta prof de maternelle peut devenir un contact pour un spectacle, explique-t-il avec humour. Mais à Montréal, le réseau, ça reste des gens du milieu du spectacle. Au Nouveau-Brunswick, les contacts se font facilement, avec les gens de la communauté. Les Chevaliers de Colomb, les gens de la Fondation Mira, les clubs de l'âge d'or, etc. »
L'entreprise compte maintenant deux employés à temps plein, mais selon le producteur, la Revue acadienne procure de l'emploi à plus d'une quinzaine de collaborateurs, que ce soit des techniciens, des éclairagistes ou des costumiers. Négocier les cachets de ces travailleurs, obtenir des contrats, préparer des soumissions, tout en conservant son intégrité artistique est un défi qui le motive à se dépasser, explique André Roy.
«Comme artiste, c'est certain que j'ai une certaine sensibilité. Parfois ça m'aide, d'autres fois, c'est plus difficile. Étant comédien de formation, je comprends parfaitement que les cachets doivent être raisonnables. Et quand je me rends compte que parfois, je dois diminuer des soumissions ou même en perdre, ce n'est pas toujours évident. Mais d'un autre côté, poursuit-il, je crois que les gens avec qui je travaille connaissent mon intégrité et à cause de cette sensibilité là, justement, vont revenir travailler avec moi.»
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