
Le policier Jean-Loup Lapointe est armé en tout temps, même devant le coroner
Publié à 20h45 le vendredi 12 mars 2010

MONTRÉAL - L'agent Jean-Loup Lapointe est armé en tout temps, même lorsqu'il se présente au palais de justice de Montréal pour participer à l'enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, a-t-on appris vendredi, à sa 10e journée de témoignage.
Cette arme, il la garde même s'il est accompagné de gardes du corps eux aussi armés. Il l'a lorsqu'il témoigne, assis à quelques mètres du coroner André Perreault et pas tellement plus loin de la mère et du père du jeune homme qu'il a abattu.
"Vous êtes armé même ici aujourd'hui?", s'est étonné l'avocat René Saint-Léger. "Oui", a simplement dit le témoin, dont le veston cachait le pistolet en question.
On a également appris vendredi que le policier avait été impliqué en juillet 2006 dans un incident comportant plusieurs similarités avec la tragédie d'août 2008. Il a craint d'être désarmé et tué dans les deux cas, mais n'a ouvert le feu que dans un seul.
Dans un rapport de police daté du 24 juillet 2006 que certains médias, dont La Presse Canadienne, ont obtenu, l'agent Lapointe tient un langage étonnamment similaire à celui qu'il allait employer un peu plus de deux ans plus tard.
Cette histoire, toujours pas réglée devant les tribunaux en partie parce que M. Lapointe ne peut pas témoigner "pour cause de maladie", implique six adolescents et jeunes adultes.
Pendant une intervention, une jeune femme s'était mise à "crier et gesticuler de façon très agressive près de mon visage", raconte-t-il dans le document. Un jeune homme s'était débattu, le "visage crispé", les "dents serrées" et les "poings serrés". "Ma sécurité était alors gravement compromise. (...) Je craignais pour ma vie et de me faire désarmer." Mais c'est le poivre de Cayenne qu'il a utilisé à cette occasion. Il s'en était malencontreusement envoyé dans les yeux par la même occasion, mais l'opération s'était néanmoins relativement bien terminée.
Pourtant, en février dernier, Jean-Loup Lapointe avait affirmé devant le coroner Perreault qu'il n'avait jamais ressenti une telle peur avant l'épisode du 9 août 2008.
Confronté à ses propres déclarations par le procureur des Villanueva, Peter Georges-Louis, vendredi après-midi, le policier a souligné qu'il peut exister divers degrés de peur. "L'intensité était tout autre et c'est pourquoi je n'avais pas cet événement-là, qui date de quatre ans, en tête", a-t-il expliqué à l'avocat perplexe, disant aussi que "le contexte était complètement différent".
Mais c'est surtout le fait que Jean-Loup Lapointe a pu trimballer son arme sur lui à tout moment dès octobre 2008 qui a semblé chicoter le coroner. Ce dernier a voulu en savoir un peu plus. Après tout, le policier était à ce moment suspect dans l'enquête de la Sûreté du Québec (SQ) sur le décès de Fredy Villanueva et risquait d'être accusé d'homicide.
L'avocat de la Ville de Montréal et de son Service de police (SPVM), Pierre-Yves Boisvert, a estimé cette situation "tout à fait normale et appropriée" car l'agent craignait d'être victime de représailles. C'est le SPVM qui, sans que la SQ n'ait son mot à dire, semble-t-il, l'a autorisé à garder son arme avec lui.
Plus tôt, en avant-midi, Jean-Loup Lapointe a tenu à corriger une affirmation faite la veille. Il a expliqué qu'un incident auquel il avait fait référence et impliquant deux jeunes témoins de la tragédie était à l'origine de sa demande de porter une arme en tout temps, autorisation qui lui a été donnée le 8 octobre 2008, et non pas à l'origine de sa demande de porter une arme dans le cadre de ses fonctions, ce qu'il a pu faire dès le 17 septembre.
Le 5 octobre, des policiers ont en effet trouvé Jonathan Sénatus et Anthony Clavasquin en possession d'un fusil d'assaut militaire. Jean-Loup Lapointe a raconté jeudi que l'un d'eux aurait alors lancé des menaces à peine voilées comme "Où est Lapointe? Qu'est-ce qu'il fait de bon?".
Entre le 17 septembre et le 8 octobre, il laissait le pistolet "sécurisé" dans son bureau, et ne pouvait pas l'apporter chez lui. Affecté à des tâches administratives, il ne s'en servait pas, sauf pour s'exercer au tir, mais y avait accès.
L'audience de vendredi a semblé encore une fois pénible pour Lilian Antunes Villanueva, la mère de Fredy et Dany, qui s'était effondrée en larmes et avait hurlé de longues minutes plus tôt cette semaine. Visiblement épuisée et souffrant d'étourdissements, elle se déplaçait parfois en fauteuil roulant.
D'autre part, questionné par Me Saint-Léger, qui représente Denis Méas (blessé d'une balle à l'épaule dans l'affaire), l'agent Lapointe a indiqué avoir été entraîné à manier des armes à feu au sein des Forces armées canadiennes, ce qui s'ajoute à la formation similaire qu'il a reçue dans le cadre de ses études pour devenir policier. Il est en effet réserviste depuis 1999.
Il faut dire, toutefois, que personne n'a jamais prétendu que la mort de Fredy Villanueva résultait d'une erreur de manipulation d'arme.
Dany Villanueva n'a toujours pas pris la barre, le témoignage du policier Lapointe n'étant pas encore complété. Il devrait pouvoir le faire dans la semaine du 29 mars, alors que reprendront les travaux.
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